Des violations du droit applicable dans les conflits
armés sont, malheureusement, commises dans de nombreux conflits
à travers le monde. Mais la communauté internationale
n'a jamais accepté d'y voir une fatalité. Elle a mis
sur pied des institutions et elle a élaboré des procédures
pour assurer que le droit international humanitaire soit respecté
et qu'il soit bien appliqué. La Commission internationale
humanitaire d'établissement des faits est l'une de ces institutions.
L'idée qui a présidé à sa constitution
est que lorsque des faits sont controversés et que les dénégations
répondent aux accusations mutuelles de violations, l'établissement
des faits est un instrument utile voire nécessaire pour restaurer
le respect du droit international humanitaire.
Les bases légales de la Commission sont
dans l'article 90 du Premier Protocole additionnel aux Conventions
de Genève. Lorsque le Protocole fut adopté en 1977,
un certain nombre de mesures de sauvegarde de la souveraineté
des États furent introduites dans le texte qui prévoyait
en particulier que seul un État qui a déclaré
reconnaître la compétence de la Commission peut unilatéralement
demander l'ouverture d'une enquête à l'encontre d'un
autre État qui accepte la même obligation. À
ce jour, 70 États acceptent la compétence de la Commission,
c'est-à-dire, la moitié des Parties au Protocole I
et un peu plus d'un tiers des Parties aux Conventions de Genève.
La Commission peut aussi prêter ses bons offices en vue de
faciliter le retour à l'observation du droit international
humanitaire. La Commission se voit ainsi confier un rôle actif
dans le règlement des différends concernant le respect
du droit international humanitaire - et elle assume ce rôle.
La
Commission est bien positionnée dans la communauté
internationale. Elle reçoit le soutien des Nations Unies
- exprimé à différentes reprises dans des résolutions
de l'Assemblée générale - du Mouvement international
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et d'organisations intergouvernementales
et non gouvernementales.
La
Commission a son profil propre. Elle est composée de 15 personnalités
élues à titre personnel par les États ayant
reconnu sa compétence. Ce sont des diplomates, des officiers
militaires, des médecins et des universitaires spécialistes
du droit international humanitaire qui viennent de quatre continents.
La Commission est un organisme impartial et sans agenda politique.
Elle n'est liée ni au Conseil de sécurité en
ce qui concerne sa compétence pour faire appliquer le droit
(sauf si le Conseil de sécurité décide de recourir
à ses services) ni à la Cour pénale internationale,
en ce qui concerne sa compétence pour engager des poursuites.
L'établissement des faits s'opère selon une approche
coopérative. La Commission se met à la disposition
des parties au conflit afin de redresser la situation en cas d'allégations
de violation du droit international humanitaire et contribue ainsi
à promouvoir l'état de droit dans les relations internationales
et à créer les conditions nécessaires à
la paix.
Prof. Michael Bothe
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